Des couloirs humanitaires qui posent question

Une carte blanche d’Henri Bartholomeeusen, président du Centre d’Action Laïque, publiée sur le site lesoir.be le 28 novembre 2017

Le Centre d’Action Laïque se réjouit du fait que 150 réfugiés syriens recevront prochainement un visa humanitaire pour la Belgique.

Cette opération, il convient de le souligner, prouve que toutes les politiques de migration et d’asile qui prétendent maîtriser de manière autoritaire la mobilité des êtres humains se révèlent tôt ou tard intenables. En dépit d’une tentative de récupération de la communication à son profit, le Secrétaire d’État à l’asile et l’immigration a donc été contraint de lâcher du lest. C’est sans doute la première leçon de cette action dont – nous le répétons – le CAL se félicite pour les personnes concernées qui vont ainsi retrouver un certain espoir et un équilibre de vie.

Néanmoins, le CAL s’interroge sur les conditions dans lesquelles ces 150 personnes vont recevoir leur visa humanitaire.

Si comme d’autres, les organisations à caractère religieux ont parfaitement vocation à faciliter la prise en charge, l’accompagnement et l’intégration de migrants, n’oublions pas que la gestion des flux migratoires constitue bien une prérogative et un devoir de la puissance publique, une mission régalienne par excellence.

Ce Gouvernement ne prend-il pas le risque de créer un dangereux précédent en faisant sous-traiter par des organisations religieuses une nouvelle partie des affaires publiques? N’y aurait-il pas là comme une entorse au principe de la non-ingérence des religions dans la gestion des missions publiques?

Cette confiance que le Gouvernement accorde a priori aux organisations religieuses alors que son Secrétaire d’État à l’asile et l’immigration vilipende la moindre association active au parc Maximilien, à Calais ou en Méditerranée…accentue l’inquiétude.

Au-delà des déclarations, n’y aurait-il y pas, pour le Gouvernement belge, deux poids, deux mesures? Des migrants religieusement adoubés, bienvenus, et d’autres qui ne le seraient pas?

Dans quelles conditions se fera le choix des personnes auxquelles ce précieux visa humanitaire sera accordé? Quelles seront les garanties d’objectivité et d’impartialité? Le seul critère de l’état de nécessité sera-t-il appliqué sans discrimination préalable ou a posteriori?

Cent cinquante personnes…seront accueillies par des familles cautionnées par les chefs de culte. Puisse l’examen des demandes d’entrée sur notre territoire être exécuté sans discrimination, les décisions ne pas être influencées par l’appartenance convictionnelle ou culturelle des demandeurs, c’est là un impératif légal et humain auquel aucune entorse ne saurait être tolérée.

Henri Bartholomeeusen, avocat, Président du Centre d’Action Laïque

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