En Marche sur les parcours migratoires au féminin

Focus sur la journée de réflexion sur les parcours migratoires au féminin du quatorze novembre 2017 au Studio des Carmes à Marche-en-Famenne

 

Le colloque s’est ouvert par un mot de bienvenue et les discours d’introduction de Catherine Bernard pour le CAL Luxembourg et Yasmine Pelzer pour le Crilux. 

Dans l’actualité médiatique du moment, les questions de genre et les questions migratoires sont très présentes.

Il y a un an, le Centre d’Action Laïque du Luxembourg s’est engagé dans un projet d’une année sur la thématique DES femmes avec la volonté d’aborder la question dans toute sa diversité : les femmes d’ici et d’ailleurs, les femmes d’hier et d’aujourd’hui, les femmes victimes d’oppression, les femmes qui entrent en lutte.

Dans son travail de sensibilisation, le Crilux est confronté au quotidien à de nombreux stéréotypes, préjugés ou généralisations abusives. Certaines représentations ont encore la vie dure, et pour les déconstruire, il est nécessaire d’approcher la réalité et les enjeux des questions de genre en situation de migration.

Existe-t-il des questions spécifiques liées à la migration féminine ? Les femmes migrantes sont-elles confrontées à des difficultés particulières ? En fin de compte, est-ce pertinent de porter un regard genré sur les migrations ? Et si oui, comment le faire sans tomber dans des généralisations qui enferment l’Autre ? Autant de questions abordées par les intervenantes de la journée, qui ont permis de nourrir les échanges, mais aussi d’aller à la rencontre de ces femmes dont les témoignages parfois bouleversants ont permis d’illustrer avec beaucoup d’humanité les parcours de vie de celles qui ont choisi l’exil.

 

Pour débuter cette journée, Madame Sophie Vause collaboratrice chez Myria (Centre Federal Migration) a rappelé le rôle, les missions et les compétences de cette institution publique indépendante. Le Centre travaille à rendre les derniers chiffres sur les migrations plus accessibles, compréhensibles et utilisables par tout un chacun. Pour cela, il rassemble et analyse des données provenant de sources diverses.

A la question « La migration a-t-elle un genre ? », Sophie Vause a développé son exposé en se basant sur les chiffres des migrations internationales en Belgique. Après avoir resitué le contexte belge et le contexte mondial, elle a abordé la féminisation des flux migratoires. Les migrations féminines ne constituent pas un phénomène nouveau et leur augmentation n’est pas marginale. On constate une augmentation substantielle des migrations féminines, proportionnellement aux migrations masculines. On observe aussi que l’augmentation du pourcentage de femmes parmi les immigrants est plus important dans les pays développés que dans l’ensemble des pays moins développés. Les différences de genre étaient au centre de l’exposé sur les questions relatives à l’asile en Belgique, l’acquisition de la nationalité belge, le regroupement familial ou encore l’emploi. Retrouvez les données chiffrées de la présentation ou encore les données sur les migrations qui figurent sur le site de Myria.

 

Anna Safuta, sociologue et titulaire d’une thèse en sociologie sur les travailleuses domestiques migrantes en Belgique, a ensuite proposé une approche genrée des migrations. Son exposé était basé sur le travail émotionnel des travailleuses domestiques migrantes. Le travail émotionnel est le processus qui consiste à essayer de changer la nature, l’intensité ou la durée d’une émotion. Il vise à produire ou inhiber des sentiments (chez soi ou chez les autres) de façon à les rendre « appropriés » à la situation. Anne Safuta a également étudié le travail émotionnel des “natifs” bénéficiaires de services domestiques (les patron-ne-s). Pour en savoir davantage, découvrez la présentation de Mme Anna Safuta.

 

 

Fatima Zibouh, chercheuse au Centre d’Etudes de l’Ethnicité et des Migrations (CEDEM) et doctorante en Sciences Politiques et Sociales à l’ULG a quant à elle abordé l’engagement associatif, culturel et politique des femmes issues de l’immigration. Les recherches de Madame Zibouh sont basées sur le concep d’agency qui permet de dépasser les stéréotypes enfermant les femmes migrantes dans le rôle passif, vulnérable et dépendant de victime. Une analyse genrée des carrières migratoires permet de nuancer la place de la femme dans sa propre migration et au sein des différents réseaux. La diversités des parcours et la différenciation des profils de migrant(e)s impliquent de ne pas faire de généralisation et c’est ici l’exemple des femmes belgo-marocaines que Mme Zibouh a choisi de présenter. Après avoir rappelé leur engagement associatif, depuis les années 70 jusqu’à nos jours, elle a ensuite décrit l’évolution de l’engagement de ces femmes en politique, ainsi que leur engagement culturel et artistique. Les propos de la chercheuse étaient illustrés d’exemples, notamment dans la mode, la musique, le théâtre … Les différentes parties de cette présentation ont mis en évidence qu’il ne fallait pas sous-estimer la capacité d’agir de ces migrantes. Quelles que soient leurs caractéristiques individuelles, toutes se situent au cœur des décisions à un moment donné de leur trajectoire migratoire. Au cours de leur carrière migratoire, leur agency va parfois croissant et décroissant en fonction de leur situation et des contraintes auxquelles elles doivent faire face en termes de statuts de séjour, d’emploi ou encore de rapports familiaux.

 

Pour clôturer la matinée, un moment d’échanges a permis aux intervenantes de répondre aux questions des participants.

 

 

Lydia Umurerwa, Directrice Adjointe au Centre pour demandeurs d’asile d’Herbeumont  a prolongé cette journée de réflexion par une intervention intitulée « L’accueil des femmes migrantes: réalités de terrain ». Elle a ainsi détaillé les initiatives mises en place pour les femmes dans les centres d’accueil en général et à Herbeumont en particulier. Elle a abordé les problèmes spécifiques liés à l’accompagnement des femmes et les solutions envisagées dans un dialogue permanent entre le personnel et les résidentes. Son exposé a été prolongé par un échange avec la salle et un partage d’expériences.

 

 

L’après-midi fut consacrée aux récits croisés de femmes qui ont témoigné de leur parcours migratoire et de leur vie en Belgique et dans notre province. Chantal Kialanda et Irma Gobejishvili ont relaté la vie dans leur pays d’origine, le Congo pour l’une, la Géorgie pour l’autre. Elles ont expliqué les raisons de leur départ de leur pays d’origine et la difficulté de quitter sa famille et ses amis. A leur arrivée en Belgique, la procédure de demande d’asile, puis la vie dans la province de Luxembourg. Les réactions parfois méfiantes mais aussi le soutien des associations, d’amis ou de voisins. Leurs témoignages étaient parfois drôles, souvent très émouvants et toujours empreint d’un volontarisme qui les a poussé à surmonter les difficultés rencontrées, à s’impliquer chacune à leur manière dans la vie sociale et à témoigner de leurs expériences.

 

Dawinka Laureys, Attachée scientifique à l’Institut d’Histoire Ouvrière Economique et Sociale a ensuite présenté le projet « Récits de Vie : des migrantes se racontent ». Il s’agit d’une exposition et d’une série de témoignages de femmes migrantes qui relatent leur parcours d’intégration et leur arrivée en Belgique. Ce projet est mené en collaboration avec la Bobine (Service d’Insertion Sociale), l’Institut d’Histoire Ouvrière Economique et Sociale et le festival « Voix de femmes ». Ces femmes d’origine marocaine, kurde et algérienne ont décidé de raconter à travers leur récit de vie leur parcours d’insertion. Nafissa, l’une d’entre elles nous a retracé son engagement dans le projet. Elle nous a parlé de la nécessité de transmettre et d’exprimer la voix de ces femmes ainsi que de la nécessité de reprendre la parole dans l’espace public. La méconnaissance des mémoires de migration institue une amnésie sociale en ce qui concerne l’histoire de la Belgique. Celles qui ont accepté de faire entendre leur témoignage participent à ce devoir de mémoire. Elles laissent une trace de leur histoire à leur famille, et aux prochaines générations… Des oeuvres de ce projet collectif ont été exposées dans les locaux en marge du colloque. Elles ont permis aux participants d’admirer le fruit de 5 ans de travail. 5 ans de partages, d’échanges et de mémoire.

Le colloque était organisé à l’occasion de la campagne d’éducation permanente du Centre d’Action Laïque « Pas de mur à nos frontières – Liberté de circulation » en partenariat avec le CRILUX

L’article de « la Meuse »

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