#FreeAhmadreza: l’Iran ou le déni de justice

Enseignant à la VUB, le médecin Ahmadreza Djalali est emprisonné depuis deux ans en Iran. Motif? Une prétendue collusion avec une puissance étrangère hostile. Verdict: il a été condamné à mort au terme d’un simulacre de procès. Lutter pour sa libération, c’est se battre contre une injustice individuelle à son encontre, mais aussi collective, pour le respect des droits fondamentaux. Même en Iran.

 

Une carte blanche de Jean-Jacques Amy, Professeur émérite, Faculté de Médecine et de Pharmacie VUB

 

Le 15 mai 2017, la revue médicale de grand renom The Lancet, publiait une Lettre dénonçant la détention arbitraire du Dr. Ahmadreza Djalali, en Iran, au fallacieux motif de collusion avec une puissance étrangère hostile (1). Au moment de la parution de ce texte, le Dr. Djalali, expert en médecine des catastrophes, chargé d’enseignement à la Vrije Universiteit Brussel, avait déjà passé plus d’un an dans les geôles de son pays d’origine.

À l’heure où ces lignes sont rédigées, nous approchons des deux années de détention, avec une sentence de peine de mort qui plane sur son sort. Une décision judiciaire arbitraire. Pendant des mois, on a en effet interdit l’accès à un avocat à l’inculpé, on lui a refusé un véritable droit à la défense, puisqu’on lui a imposé un membre du barreau qui a omis d’introduire dans les délais un recours en révision de sa peine.

Torture et menace d’exécution

Le Dr. Ahmadreza Djalali a été tourmenté psychologiquement et a entrepris quatre grèves de la faim. Malgré cela, la plus haute Cour de justice iranienne refuse de réexaminer la peine de mort prononcée à son encontre le 21 octobre 2017, à l’issue d’un simulacre de procès. Et aucune manifestation à l’encontre de cette décision n’a jusqu’à présent fait fléchir le pouvoir de Téhéran. Quelque 300.000 personnes ont pourtant signé une pétition demandant sa libération. Les autorités iraniennes n’ont tenu compte ni de cet important mouvement de solidarité ni des interventions des gouvernements belge et suédois, de l’Union européenne et des Nations Unies. En l’absence d’une réaction encore plus vive de l’opinion publique internationale, la sentence est donc exécutoire.

Droits fondamentaux bafoués

Le cas du Dr. Ahmadreza Djalali n’est malheureusement pas isolé. L’Iran n’a pas ratifié la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et a fait exécuter 969 personnes en 2015 (2). Son modus operandi habituel est inquiétant et intimidant. Le 12 février dernier, les autorités iraniennes ont par exemple déclaré qu’elles refuseraient de remettre le corps de l’universitaire irano-canadien Kavous Seyed-Emami à ses proches s’ils ne s’engageaient à l’inhumer immédiatement sans faire pratiquer une autopsie indépendante. Cette personne, détenue à la prison d’Evin, privée de tous objets personnels, faisait l’objet d’une surveillance continue, rendant un suicide hautement improbable. Le refus des autorités suggère qu’elles veulent dissimuler les éléments de preuve d’actes de torture et d’un possible homicide.

Déni de justice

Dans le cas du Dr. Djalali, ses droits fondamentaux ont également été violés: le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne; le droit à ne pas être soumis à la torture, à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants; le droit à la garantie d’une justice indépendante et impartiale établie par la loi; le droit à une durée raisonnable de la procédure, ainsi que celui à la publicité de cette dernière; le droit d’avoir sa cause entendue équitablement. Ces violations constituent un gravissime déni de justice.

Une lutte pour l’intégrité

Durant un quart de siècle, dans un couloir de l’Academisch Ziekenhuis de la VUB, en face de mon bureau, on pouvait lire ce dicton provenant d’un pays musulman: « Tout homme en danger de mort est ton frère. » Depuis deux ans, Ahmadreza est le frère des très nombreuses personnes qui sans relâche lui ont apporté leur soutien. Cet article d’opinion entend soutenir les efforts qui visent à mettre un terme au calvaire d’un scientifique de haut niveau, d’un homme intègre. Lui rendre la liberté pourrait contribuer à une modification de la jurisprudence dans un pays de vieille civilisation, mais qui – en l’absence d’évolution démocratique – ne peut être considéré comme un État de droit.

(1) Della Corte F, Burkle FM Jr, Ripoll Gallardo A, Ragazzoni L. Ahmadreza Djalali: questions everyone must ask. Lancet. 2017 May 15;389(10084):2101-2
(2) World Coalition against the death penalty. (Consulté le 19/02/2018). Avec un total de 969 exécutions, 2015 s’avère l’année la plus meurtrière en Iran depuis 1990: http://www.worldcoalition.org/fr/With-969-executions-2015-turns-out-to-be-the-deadliest-year-in-Iran-since-1990.html

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